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DOCUMENTAIRE : Walang Ilaw sa Bahay // Une maison sans lumière

DOCUMENTAIRE : Walang Ilaw sa Bahay // Une maison sans lumière
Walang Ilaw Sa Bahay est un moyen-métrage documentaire réalisé par Justine Meignan qui se déroule aux Philippines. Ce film nous livre les témoignages de plusieurs enfants dont les mères travaillent à Paris en tant que domestiques. Premier pays exportateur de main-d’œuvre, les Philippines connaissent depuis les années 80 un phénomène nouveau et qui s’accélère : de plus en plus de femmes, bien souvent des mères, décident de quitter leur pays pour devenir domestiques au Moyen-Orient, en Asie ou encore en Europe, afin d’assurer le futur de leurs enfants. Ces enfants, qui n’ont pas vu leur mère depuis parfois plus de dix ans, nous parlent de leur relation particulière à cette femme qu’ils ne connaissent qu’à travers les conversations téléphoniques ou les chats internet. Le film alterne entre le quotidien de ces enfants et jeunes adultes aux Philippines et les images des lettres-vidéos de leurs mères réalisées à Paris. http://vimeo.com/67996474


voir le documentaire en entier : http://vimeo.com/67996474

SYNOPSIS

« Le père est le toit de la maison. La mère, la lumière. Vivre sans sa mère, c’est comme lorsque que tu avances dans le noir. C’est laborieux, tu te cognes, mais tu y arrives. »

Erwin a vingt-­sept ans, lorsqu’il était adolescent, sa mère est partie en France, grâce à un visa touristique pour être embauchée comme domestique dans une famille aisée de la capitale. C’était le début de dix longues années de séparation, dix années nécessaires à Daylee, sa mère, pour demander sa régularisation.

Dans une lettre-­vidéo que j’ai emporté avec moi, Daylee lui parle, lui montre Paris, lui fait part de ses espoirs pour son avenir et de ses regrets liés à sont absence.

Parfois, ma caméra semble être l’œil de la mère et Erwin lui parle comme si elle s’était substituée à elle. Puis, elle redevient l’objet et en le suivant dans son quotidien, il me confie peu à peu son désir d’émigrer à son tour et de prendre le relais de sa mère.

Comme Erwin, John Dave et Denise Althea vivent sans leur mère, mais leur souvenir d’elle est plus lointain. Agés de huit et dix ans, Elena les a confiés à ses parents il y a cinq ans déjà. A l’intérieur de Tondo, le quartier des bidonvilles de Manille, leurs grands-parents font de leur mieux en attendant de pouvoir emménager dans la petite maison de province que leur fille a acheté avec l’argent qu’elle envoie tous les mois.

Et puis il y a aussi John Paul et ses soeurs Jennilyn et Princess. Lors d’un repas qui les réunit ils se questionnent l’un l’autre sur ce qu’est une mère et comment ils ont essayé de se construire en son absence.

A travers ces différentes rencontres, le film questionne le poids de cette séparation et la conscience que ces jeunes en ont.

EN SAVOIR PLUS SUR LE CONTEXTE

L’émigration

Aux Philippines, l’émigration fait partie intégrante de la société, de l’Histoire et de l’économie. L’Oversea Filipino Worker – OFW, comme ils sont appelés là-bas – est valorisé socialement alors même que l’émigration entraîne souvent une régression sociale. Figure du sacrifié, à la fois religieuse et culturelle. Dans l’Histoire de l’archipel, ce phénomène s’étend des jeunes métisses hispano-philippins qui allaient en Europe au XVIII siècle pour y étudier, jusqu’aux centaines de milliers de marins philippins sur les mers du globe, sans oublier les infirmières et médecins qui venaient compléter les effectifs européens et étasuniens. L’émigration, du fait de cette histoire, a toujours été valorisée et valorisante.

Il faut évoquer aussi un système politique qui encourage cette émigration depuis la présidence de Marcos, dans les années 1980. État gravement atteint par la corruption et endetté, l’argent envoyé par les OFW contribue significativement à l’économie nationale : l’apport de devises étrangères permet le remboursement de la dette extérieure. A la figure de sacrifiée, s’ajoute alors la figure de héros moderne façonnée quotidiennement par les médias et la télévision.

On estime que près d’un enfant sur cinq a au moins un de ses parents qui travaille à l’étranger. Dix pour cent de la population émigre pour envoyer de l’argent à sa famille.

En France et principalement à Paris, plusieurs dizaines de milliers de philippines travaillent en tant que domestiques pour des familles aisées.

Sans-papiers à quatre-vingt pour cent, elles sont condamnées à rester en France pendant dix à quinze ans (le temps nécessaire pour obtenir leur régularisation).

La famille

« La famille reste une des entités les plus valorisées du pays, étant donné son rôle central au niveau politique et économique. En quelque sorte, les Philippines sont «une société de famille» au sein de laquelle chaque individu apprend à connaître les valeurs sociales importantes pour exister et pour survivre socialement et économiquement. [...] Parmi les individus membres de la famille, la mère et l’enfant occupent une place particulière, à la fois privilégiée et remplie d’attentes concernant la dignité et l’honneur de la famille au sein de la société. »

Asuncion Fresnoza-Flot, Migration, genre et famille transnationale: l’exemple de mères migrantes philippines en France, Thèse dirigée par Maryse Tripier, Paris Diderot, septembre 2008, p119.
Pour en savoir plus

Liane Mozère , « Domestiques philippines entrepreneures d’elles-mêmes sur un marché mondial de la domesticité », Le Portique [En ligne], Archives des Carnets du Genre, Carnet 1-2005, mis en ligne le 10 novembre 2005, Consulté le 01 février 2013. URL : http://leportique.revues.org/index711.html

Jackson Richard T., Huang Shirlena, Yeoh Brenda S. A., Guillon Michelle, Noin Daniel , Les migrations internationales des domestiques philippines. Contextes et expériences aux Philippines et à Singapour. In: Revue européenne de migrations internationales. Vol. 15 N°2. Emploi, genre et migration. pp. 37-67. URL : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remi_0765-0752_1999_num_15_2_1678

Source : http://fr.ulule.com/maison-sans-lumiere/

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