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Le mécénat d’un milliardaire fait polémique en Espagne

Le mécénat d’un milliardaire fait polémique en Espagne
Le milliardaire Amancio Ortega, fondateur de Zara et du groupe Inditex, annonce un don, via sa fondation, de 320 millions d’euros au système de santé publique espagnole et suscite la polémique. Un geste controversé et qui apparaît inapproprié pour beaucoup d’acteurs de la santé.





320 millions d’euros pour la santé publique

 

Depuis 2001, la fondation Amancio Ortega s’attache à financer des projets sociaux ou éducatifs. Disposant d’un budget de près de 500 millions d’euros depuis sa création, cette dernière vient d’annoncer un don de 320 millions d’euros pour le système de santé espagnole. Une somme conséquente destinée à acheter 290 machines de détection et de traitement du cancer. Face à des services publics mis en difficulté par la crise et l’austérité, ce geste philanthrope peut se révéler salvateur. Certaines structures avaient notamment déjà bénéficié de dons en mars 2016. L’hôpital de Vigo, en Galice, s’est ainsi vu offrir une machine capable d’enlever des tumeurs dans des zones sensibles. Un responsable de l’établissement affirme : « Nous traitons mieux et plus rapidement les patients. » Néanmoins, le mécénat du milliardaire Amancio Ortega n’a pu échapper à la polémique.

 

Levée de boucliers des professionnels de la santé

 

Si les dons des fondations peuvent être utiles aux établissements de santé, les quelque 320 millions du fondateur de Zara ne laissent pas indifférents les professionnels du secteur. Beaucoup contestent cette substitution de l’argent privé à l’argent public. La Fédération des associations pour la défense de la santé publique (FADSP) a manifesté sa désapprobation à l’égard de geste faussement philanthrope. Maria Luisa Lores, radiologue à l’hôtpital de Pontevedra, pointe également : « C’est un don populiste, je préfère que la santé publique reste financée par l’argent public. Nous avons besoin d’investissements dans la médecine générale, dans la prévention des cancers aussi. Pourquoi augmentent-ils chaque année ? Il faut se poser la question. »

 

Une méfiance légitime ?

 

Au coeur de la polémique s’élèvent aussi des voix plus conciliantes à l’égard d’Amancio Ortega. Victor Muñoz Garzón, chef du service d’oncologie radiothérapie de l’hôpital de Meixoeiro, à Vigo, exprime sa surprise « en tant que médecin et citoyen » face à cette polémique : « Je pourrais comprendre certains arguments contre ces dons si nous vivions dans un monde idéal, mais nous vivons dans la réalité. » Un témoignage pragmatique et qui fait état de la dépendance implicite vis-à-vis des fonds de grands investisseurs privés. Par ailleurs, la méfiance qui s’élève face au caractère intéressé du geste du milliardaire semble balayée par Javier Nadal, président de l’Association espagnole des Fondations : « Les gens pensent que les riches créent des fondations pour payer moins d’impôts, poursuit-il. Vous croyez que cela motive Amancio Ortega, à la fortune immense ? » Et d’ajouter « Cette polémique montre à quel point les gens ne sont pas suffisamment informés sur la philanthropie. Les préjugés existent. » Si le débat est loin d’être tranché, il n’en demeure pas moins essentiel pour questionner les pratiques du mécénat et s’interroger sur les frontières entre véritable engagement pour le collectif et outil de communication ou d’ « image » pour les plus fortunés. Pour mémoire, Amancio Ortega est détenteur d’un patrimoine estimé par l’agence Bloomberg à 83 milliards de dollars. Une somme qui ne manque pas de cristalliser des inégalités criantes, sources d’un profond malaise social contribuant à nourrir ce type de polémique.

 

 

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